2002 – 2017: Le sacrifice de mes convictions.

En 2002, j’avais 18 ans et étant né en avril, j’ai pu voter pour la première fois aux élections présidentielles.

J’ai toujours aimé le vote. Je me souviens très clairement, quand j’étais petit, accompagner mes parents au bureau de vote le dimanche qui se trouvait dans l’école maternelle. On les attendait dans la cour, je les voyais parler à des gens, montrer leur carte d’identité (une chose que je n’avais pas), puis ils allaient dans un truc avec un rideau qui ne laissait voir que leurs pieds. Après, ils mettaient une enveloppe dans une boite transparente, quelqu’un disait quelque chose, ils signaient puis on jouait dans la cour avant de poursuivre la journée.

Voter était normal. Ca n’arrivait pas souvent mais quand ça arrivait, ça faisait simplement partie de la journée. On y allait sur le chemin de la forêt ou du parc, des terrains de tennis ou de la piscine. Ils n’en parlaient pas mais je savais ce qu’ils faisaient et alors que je grandissais, me passionnais pour l’histoire, la géopolitique, la politique, la longue et pénible car fragile construction des démocraties, le vote devenait pour moi le principe même de l’histoire en marche.

L’année précédente, on avait étudié la Ière puis la IIème République, la mise en place du cens qui ne permettait qu’aux riches de voter puis sa disparition sous les coups des penseurs, des philosophes et des grands hommes. L’année même, on avait fini la Seconde Guerre Mondiale et on avait parlé du droit de vote des femmes, puis de la baisse de la majorité à 18 ans. Je voulais faire partie de cette évolution, en profiter comme quelque chose de spécial qui m’attendait.

En 2002, c’était le doute. Mes 18 ans étaient moins de deux semaines avant le premier tour des présidentielles. J’étais lycéen et me sentais quelque part comme un imposteur. Je ne payais pas d’impôts, ne travaillais pas mais la loi me l’autorisait donc j’avais bien l’intention d’exercer ce droit. L’administration prend toujours son temps donc même si j’avais tout fait comme il me l’avait été demandé, receverai-je ma carte en temps et en heure? Oui et ce fut une catastrophe.

Je voulais voter pour m’exprimer vraiment, faire compter ma voix, faire parler mes convictions mais nous sortions d’un gouvernement de Gauche qui, comme beaucoup d’autres, avait trahi ses électeurs. Les jeunes, surtout, avec une précarité accrue qui devait eliminer enfin le chômage, avec des CDD qui n’ont rien changé sauf à rendre ma génération totalement à la merci du patronat.

Néanmoins, je suis socialiste par convictions et non par intérêt donc j’ai voté pour le PS comme j’ai toujours voulu le faire. Enfin, non, pas exactement: entre 12 et 15 ans, j’étais Marxiste. Féministe Marxiste avec l’idée que les femmes devaient prendre le pouvoir pour faire subir aux hommes les millenaires de servitude qu’elles doivent encore supporter. Le lycée et les cours de philosophie m’ont ammené à réfléchir au Marxisme et à m’en détacher pour une approche plus centrée sur le travail en commun que sur la division de la société en factions qui doivent se battre.

Mais 2002 reste 2002 et je me retrouve à dévoir laisser mes convictions derrière moi pour sauver la Révolution française. Je dois laisser derrière mes idéaux, l’utopie et mes rêves d’une France qui change pour soutenir un démocrate corrompu face à un fasciste négationniste. C’est l’histoire en marche. C’est 1914, Jaurès et l’Union Sacrée. C’est 1932 et la resistance aux ligues d’extrême droite. C’est 1940, De Gaulle et l’appel du 18 juin. C’est l’altruisme intellectuel, c’est savoir abandonner ses convictions personnelles pour le bien de la nation, de son histoire, de ce que mes ancêtres ont construit.

Les années qui suivirent, j’ai pensé ce temps révolu. J’ai voté Royal face à Sarkozy, ai quitté la France de Sarkozy pour l’Angleterre où j’y ai découvert et analysé sous toutes coutures le New Labour, une Gauche que j’admirais de loin mais dont les réalités sont loin de l’image qu’elle se donne. Tout comme la France.

Une Nouvelle Gauche qui est très vite devenue l’exemple des autres Gauches d’Europe: une Gauche qui se plit au monde construit par la Droite, qui accepte la mise en retrait de la société face aux impératifs économiques. Une Gauche qui n’est qu’en opposition, qui n’a plus d’idées ou qui a honte de les défendre parce qu’elles ont été détournées par un Bloc qui fut “vaincu sans même avoir à faire la guerre”.

Cependant, à mes yeux, le PS résiste encore donc, depuis Birmingham, je vote pour Hollande aux présidentielles mais les Verts aux législatives. C’est toujours comme ça, je vote “utile”. Pas de dispersion quand c’est une personne pour éviter que 2002 ne se répète. Oui, le traumatisme reste. Puis je vote au plus près de mes convictions pour que les députés représentent au mieux la diversité des courants, des idées, des classes,  des sexes, des origines à l’Assemblée où les lois sont écrites, discutées et votées.

Les choses sont difficiles mais Hollande tient le cap puis arrive Valls et tout bascule. Le New Labour est dans la place, la realpolitik de Gauche qui se veut adulte et responsable, qui regarde de haut l’idéalisme et l’utopie de la Gauche dite traditionnelle, comme senile et paradoxallement immature. Hamon en fait les frais puis Montebourg et surtout Taubira. Pour la première fois, je ne pas pour qui voter. C’est politiciens créent un parti? Je fonce mais ils restent fidéles au PS qui garde cette tradition d’auto-critique.

Que faire? Je le sens dès 2015 comme j’ai senti venir le Brexit et ai quitté l’Angleterre en 2014 avant d’en faire les frais: le PS va à sa mort. Comme quand les Radicaux de Gauche sont devenus le centre droit (UDF) au fur et à mesure du temps et des gouvernements, une nouvelle gauche renaîtra mais sera-t-il temps comme en 1936?

Aujourd’hui, on est en 2017. 15 ans après avoir été obligé de sacrifier mes convictions sur l’autel de la République et rien n’a changé. On sort d’un gouvernement socialiste qui a une fois de plus courbé le dos et a trahi ses électeurs, sans aucun résultat concret. Pire, elle attaque: les électeurs, la démocratie à coup de 49:3 et la dissidence.

La Gauche se doit d’être utopiste et idéaliste, d’imaginer des choses nouvelles. Qu’elle se fasse ridiculiser par la Droite paternaliste et arrogante, c’est une chose mais que le Premier Ministre et les ministres du PS eux-mêmes attaquent cette vision du futur, c’est dévastateur. Qui va nous faire rêver et espérer si la Gauche ne croit plus qu’en la realpolitik et abuse de son pouvoir?

Soudain, Valls est vaincu et les autres aussi. Hamon est là, celui qui a fait les frais de cette trahison et j’espère, je crois à nouveau. Je ne m’attends pas à ce qu’il gagne mais je suis d’accord avec lui, ces idées, son utopisme et son idéalisme parce qu’on ne va nulle part en restant fixé sur le passé et peignant d’une autre couleur des échecs pour les faire passer pour de la nouveauté. Il faut imaginer, inspirer les gens à inventer quelque chose de nouveau.

Cependant, ça reste un choix difficile parce que je ne veux pas avoir l’impression de voter “inutile”, par seul intérêt alors j’y retourne: dans les programmes, au délà des discours – je ne connais que trop la valeur trompeuse des discours. J’étudie les autres et aucun ne s’approche autant de ce qu’en quoi je crois qu’Hamon.

La Droite sous toutes ses formes, on oublie. Cheminades, je pensais sérieusement qu’il était mort. Mélenchon joue de la division et je ne supporte plus entendre dire que c’est la faute d’untel ou untel, sans compter sur son anti-européanisme qui n’a rien de constructif et son admiration non-assumée pour Poutine. Poutou est intéressant, il parle sans mâcher ses mots, sans être bêtement poujadiste mais je n’ai rien vu qui aille au-delà. Macron, c’est simple: j’ai vécu sous Tony Blair donc je connais les réalités de cette Gauche.

Je reconnais qu’Hamon est un peu maladroit quand il s’exprime. Sa performance pendant le débat était misérable mais ca n’enlève à ses idées qui sont les plus proches des miennes. Alors, oui, aujourd’hui j’ai voté Hammon.

Néanmoins, je ne suis pas aveugle ni stupide et je sais qu’une fois de plus, dans deux semaines, 15 après ma première fois, je vais devoir sacrifier mes convictions pour le bien du pays, même de ceux qui ne le veulent pas parce que je ne que connais trop l’histoire.

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