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Ce n’est pas “kif-kif”, non…

Il est grand temps qu’on arrête de prendre aussi facilement à l’hameçon des politiciens véreux qui se plaisent à pointer du doigt les autres en nous disant qu’ils sont comme eux. Je parle des Marine Le Pen et de Fillion qui, n’arrivant pas à cacher les tâches d’encre noire sur un linceul qu’ils présentent comme vierge, bombardent sans discernement, et en toutes connaissance de conséquences, tous leurs adversaires d’accusations non-fondées, voire complètement réfutées et facilement réfutables.

L’intention est de créer de la fausse équivalence : quand on n’a pas le choix que de faire face à ses actions, on se tourne vers son adversaire et on dit aux autres « Lui, il est comme moi. Même pire, si vous saviez… » Sans aller plus loin, bien sûr. On ne veut pas non plus aller se faire attaquer en diffamation…

Néanmoins, le mal est fait car nombreux sont les gens qui mordent à l’hameçon et il ne s’agit pas que des classes sociales les moins éduquées et des gens les plus pauvres. J’en ai déjà parlé et il s’agit simplement des fainéants, des gens qui ne regardent jamais plus loin que ce qu’on leur dit, des gens qui refusent d’assumer la responsabilité de leur première et plus importante liberté d’expression : le droit de vote.

Alors on finit avec le discours qui dit volontiers : « Macron/Le Pen, kif-kif, même combat ». On vote blanc ou on s’abstient en oubliant de distinguer une seule essentielle entre les deux. Une chose complètement noyée dans la fausse équivalence : leur vision de la société française et l’Etat de droit. On nous dit : « Ni Patrie, Ni Patron » et qu’on ne veut donc pas voter mais on oublie volontiers de dire que dans l’une de ces deux conceptions accusent l’Etat de droit et les libertés qu’il entraine de tous les maux actuels et prônent leur abrogation pur et simple.

Je ne suis pas un supporter de Macron pour des raisons que j’ai mentionnées auparavant mais au fur et à mesure des deux semaines entre les deux tours et en regardant Trump détruire toutes les avancées des huit ans d’Obama à coups de décrets présidentiels, je me suis rappelé 2002 et ce que signifie ce vote. En effet, si Macron me fait me poser des questions sur certaines orientations économiques, il a quelque chose qu’on ne peut pas renier : le respect inhérent et incontesté de la démocratie et de l’Etat de droit.

Quand je pense à lui, je me pose des questions sur le montant de la retraite de ma mère, certes, mais je ne m’en pose aucune sur son droit, en tant que femme, à travailler, à être chef d’entreprise, à être divorcée, à acheter une maison en son nom sans l’autorisation d’un homme ou de s’être faite avorter pour des raisons qui ne concernent qu’elle. La vision du monde par Macron respecte les femmes en tant que citoyennes à part entière, leurs droits à disposer d’elles-mêmes et ce sans condition. Et je ne pourrai jamais en dire autant de Marine Le Pen, de ses alliés et de ses soutiens.

Quand je vois Macron, je n’ai aucune peur pour mes libertés en tant qu’homosexuel. J’ai des questions sur la précarité de mes emplois mais je ne me suis jamais demandé comment j’allais faire pour survivre s’il devenait président parce que je devrais cacher mes préférences amoureuses et comment le faire maintenant que j’ai accepté qui je suis. Je sais que ma sexualité ne sera pas une arme que l’Etat va utiliser contre moi parce que Macron est un démocrate qui comprend que ce n’est pas un choix que j’ai fait un jour mais quelque chose que je suis. Je sais qu’il va respecter mes droits et n’a jamais eu la moindre intention de les abroger. Et je ne pourrai jamais en dire autant de Marine Le Pen, de ses alliés et de ses soutiens.

Il en va de même pour tous les gens qui n’ont pas choisi leur lieu de naissance, celui de leurs parents, ou de leurs grands-parents, ceux qui n’ont pas choisi leur couleur de peau, les écoles dans lesquelles ils sont allés et les quartiers dans lesquels ils ont grandi. Même si sa vision économique est en léger décalage avec la mienne,  je sais que Macron continuera à travailler pour que ceux qui le désirent, tous ceux qui y travaillent soient considérés comme des citoyens à part entière sans bannière ou badge qui indique bien qu’ils passent après. Et je ne pourrai jamais en dire autant de Marine Le Pen, de ses alliés et de ses soutiens.

Il en va de même pour les choix de chacun comme la religion ou la mouvance politique. Avec Macron, je sais que j’ai le droit d’être athée et de gauche, que mes amis peuvent être ouvertement juifs, musulmans ou catholiques, socialistes, communistes, conservateurs, nationalistes, patriotes et anarchistes, voire même fascistes parce que Macron prône une société plurielle où tout le monde cohabite, où le désaccord est une bonne chose. Et je ne pourrai jamais en dire autant de Marine Le Pen, de ses alliés et de ses soutiens.

Il y a aussi le choix de l’immigration, les millions de gens qui ont choisi de venir, non pas pour « voler le brave Français » mais pour apporter une pierre à l’édifice, comme je l’ai fait en Angleterre, je le fais en Espagne et je le ferai bientôt en Suède. Je sais que ces gens auront la protection du chef de l’exécutif et de l’Etat si quelques tentent de les attaquer d’une manière ou d’une autre. Et je ne pourrai jamais en dire autant de Marine Le Pen, de ses alliés et de ses soutiens.

Si Macron me donne quelques angoisses sur quelques chiffres liés à l’économique, je n’ai que des certitudes apaisées sur le respect de droits de chacun à être qui il est et qui il veut être. Et je ne pourrai jamais en dire autant de Marine Le Pen, de ses alliés et de ses soutiens qui m’évoquent de suite les termes de « citoyens de seconde classe », « remise en cause du droit de… », « abrogation du droit de… », exclusion, ségrégation, priorité ethnique qui renient les bases de la République.

Je peux comprends que pour la majorité, ces aspects sociaux de droit des personnes sont secondaires quand les angoisses économiques sont partout. C’est d’abord parce qu’on nous répète constamment qu’il n’y a que l’économie qui compte, c’est aussi parce que ces angoisses sont réelles et doivent trouver des réponses mais c’est aussi parce que ce sont aussi des gens qui n’ont jamais eu à se poser des questions d’identité, d’appartenance, qui n’ont pas jamais eu à réfléchir à leur place dans la société autrement qu’en termes de travail. Je comprends que les droits de l’autre ne soit pas leur priorité et qu’ils s’imaginent que leurs libertés civiles et civiques ne répresentent rien face à leurs droits économiques. Je ne l’accepte pas mais je le comprends.

Néanmoins, il n’empêche que comparer Macron et Le Pen, c’est joué volontiers le jeu de démagogues qui veulent que vous oubliez qu’il y a plus en jeu que des montants d’impôts et de retraite : il y a toute la société, la France,  la République, nous en tant qu’humains et pas ressources humaines. C’est comparer la démocratie et le néo-fascisme en disant : « Mêmes différences ! ». Pas exactement, non…

Choisir Le Pen est le choix d’un Etat qui renie l’article premier de la constitution disant que la République est une et indivisible, que nous sommes tous Français, nés libres et égaux devant le droit. C’est un vote pour une division officielle de la société en groupe de citoyens en fonction de leur nom, leur couleur de peau, leurs origines, leur sexe, leur sexualité, leur religion, leurs idées politiques. Une société divisée où chaque groupe a des droits et des devoirs différents, et mais surtout dans laquelle un groupe privilégié existe, non parce que certains lois sont mal faites mais parce que le leader suprême en a décidé ainsi. Voter Le Pen est voter pour l’apartheid qui se lit fièrement dans toutes ses promesses.

Voter Macron, c’était voter pour la République telle que nous n’avons cessé de la construire depuis 1789. Ce n’est pas sans mal et elle n’est pas parfaite mais voter Macron c’était accepter ses principes fondamentaux de liberté et de marche vers l’égalité pour tous. Une marche que le Front National n’a aucune intention de poursuivre. Bien au contraire.

Aujourd’hui, ceux qui ne parviennent pas à voir ces différences entre les deux candidats qui sont vitales pour l’avenir de notre société ont de sérieuses questions à se poser sur ce qu’ils attendent de la démocratie, des questions sur leur conception même de la démocratie. Des questions qui vont bien plus loin que des promesses électorales.

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2002 – 2017: Le sacrifice de mes convictions.

En 2002, j’avais 18 ans et étant né en avril, j’ai pu voter pour la première fois aux élections présidentielles.

J’ai toujours aimé le vote. Je me souviens très clairement, quand j’étais petit, accompagner mes parents au bureau de vote le dimanche qui se trouvait dans l’école maternelle. On les attendait dans la cour, je les voyais parler à des gens, montrer leur carte d’identité (une chose que je n’avais pas), puis ils allaient dans un truc avec un rideau qui ne laissait voir que leurs pieds. Après, ils mettaient une enveloppe dans une boite transparente, quelqu’un disait quelque chose, ils signaient puis on jouait dans la cour avant de poursuivre la journée.

Voter était normal. Ca n’arrivait pas souvent mais quand ça arrivait, ça faisait simplement partie de la journée. On y allait sur le chemin de la forêt ou du parc, des terrains de tennis ou de la piscine. Ils n’en parlaient pas mais je savais ce qu’ils faisaient et alors que je grandissais, me passionnais pour l’histoire, la géopolitique, la politique, la longue et pénible car fragile construction des démocraties, le vote devenait pour moi le principe même de l’histoire en marche.

L’année précédente, on avait étudié la Ière puis la IIème République, la mise en place du cens qui ne permettait qu’aux riches de voter puis sa disparition sous les coups des penseurs, des philosophes et des grands hommes. L’année même, on avait fini la Seconde Guerre Mondiale et on avait parlé du droit de vote des femmes, puis de la baisse de la majorité à 18 ans. Je voulais faire partie de cette évolution, en profiter comme quelque chose de spécial qui m’attendait.

En 2002, c’était le doute. Mes 18 ans étaient moins de deux semaines avant le premier tour des présidentielles. J’étais lycéen et me sentais quelque part comme un imposteur. Je ne payais pas d’impôts, ne travaillais pas mais la loi me l’autorisait donc j’avais bien l’intention d’exercer ce droit. L’administration prend toujours son temps donc même si j’avais tout fait comme il me l’avait été demandé, receverai-je ma carte en temps et en heure? Oui et ce fut une catastrophe.

Je voulais voter pour m’exprimer vraiment, faire compter ma voix, faire parler mes convictions mais nous sortions d’un gouvernement de Gauche qui, comme beaucoup d’autres, avait trahi ses électeurs. Les jeunes, surtout, avec une précarité accrue qui devait eliminer enfin le chômage, avec des CDD qui n’ont rien changé sauf à rendre ma génération totalement à la merci du patronat.

Néanmoins, je suis socialiste par convictions et non par intérêt donc j’ai voté pour le PS comme j’ai toujours voulu le faire. Enfin, non, pas exactement: entre 12 et 15 ans, j’étais Marxiste. Féministe Marxiste avec l’idée que les femmes devaient prendre le pouvoir pour faire subir aux hommes les millenaires de servitude qu’elles doivent encore supporter. Le lycée et les cours de philosophie m’ont ammené à réfléchir au Marxisme et à m’en détacher pour une approche plus centrée sur le travail en commun que sur la division de la société en factions qui doivent se battre.

Mais 2002 reste 2002 et je me retrouve à dévoir laisser mes convictions derrière moi pour sauver la Révolution française. Je dois laisser derrière mes idéaux, l’utopie et mes rêves d’une France qui change pour soutenir un démocrate corrompu face à un fasciste négationniste. C’est l’histoire en marche. C’est 1914, Jaurès et l’Union Sacrée. C’est 1932 et la resistance aux ligues d’extrême droite. C’est 1940, De Gaulle et l’appel du 18 juin. C’est l’altruisme intellectuel, c’est savoir abandonner ses convictions personnelles pour le bien de la nation, de son histoire, de ce que mes ancêtres ont construit.

Les années qui suivirent, j’ai pensé ce temps révolu. J’ai voté Royal face à Sarkozy, ai quitté la France de Sarkozy pour l’Angleterre où j’y ai découvert et analysé sous toutes coutures le New Labour, une Gauche que j’admirais de loin mais dont les réalités sont loin de l’image qu’elle se donne. Tout comme la France.

Une Nouvelle Gauche qui est très vite devenue l’exemple des autres Gauches d’Europe: une Gauche qui se plit au monde construit par la Droite, qui accepte la mise en retrait de la société face aux impératifs économiques. Une Gauche qui n’est qu’en opposition, qui n’a plus d’idées ou qui a honte de les défendre parce qu’elles ont été détournées par un Bloc qui fut “vaincu sans même avoir à faire la guerre”.

Cependant, à mes yeux, le PS résiste encore donc, depuis Birmingham, je vote pour Hollande aux présidentielles mais les Verts aux législatives. C’est toujours comme ça, je vote “utile”. Pas de dispersion quand c’est une personne pour éviter que 2002 ne se répète. Oui, le traumatisme reste. Puis je vote au plus près de mes convictions pour que les députés représentent au mieux la diversité des courants, des idées, des classes,  des sexes, des origines à l’Assemblée où les lois sont écrites, discutées et votées.

Les choses sont difficiles mais Hollande tient le cap puis arrive Valls et tout bascule. Le New Labour est dans la place, la realpolitik de Gauche qui se veut adulte et responsable, qui regarde de haut l’idéalisme et l’utopie de la Gauche dite traditionnelle, comme senile et paradoxallement immature. Hamon en fait les frais puis Montebourg et surtout Taubira. Pour la première fois, je ne pas pour qui voter. C’est politiciens créent un parti? Je fonce mais ils restent fidéles au PS qui garde cette tradition d’auto-critique.

Que faire? Je le sens dès 2015 comme j’ai senti venir le Brexit et ai quitté l’Angleterre en 2014 avant d’en faire les frais: le PS va à sa mort. Comme quand les Radicaux de Gauche sont devenus le centre droit (UDF) au fur et à mesure du temps et des gouvernements, une nouvelle gauche renaîtra mais sera-t-il temps comme en 1936?

Aujourd’hui, on est en 2017. 15 ans après avoir été obligé de sacrifier mes convictions sur l’autel de la République et rien n’a changé. On sort d’un gouvernement socialiste qui a une fois de plus courbé le dos et a trahi ses électeurs, sans aucun résultat concret. Pire, elle attaque: les électeurs, la démocratie à coup de 49:3 et la dissidence.

La Gauche se doit d’être utopiste et idéaliste, d’imaginer des choses nouvelles. Qu’elle se fasse ridiculiser par la Droite paternaliste et arrogante, c’est une chose mais que le Premier Ministre et les ministres du PS eux-mêmes attaquent cette vision du futur, c’est dévastateur. Qui va nous faire rêver et espérer si la Gauche ne croit plus qu’en la realpolitik et abuse de son pouvoir?

Soudain, Valls est vaincu et les autres aussi. Hamon est là, celui qui a fait les frais de cette trahison et j’espère, je crois à nouveau. Je ne m’attends pas à ce qu’il gagne mais je suis d’accord avec lui, ces idées, son utopisme et son idéalisme parce qu’on ne va nulle part en restant fixé sur le passé et peignant d’une autre couleur des échecs pour les faire passer pour de la nouveauté. Il faut imaginer, inspirer les gens à inventer quelque chose de nouveau.

Cependant, ça reste un choix difficile parce que je ne veux pas avoir l’impression de voter “inutile”, par seul intérêt alors j’y retourne: dans les programmes, au délà des discours – je ne connais que trop la valeur trompeuse des discours. J’étudie les autres et aucun ne s’approche autant de ce qu’en quoi je crois qu’Hamon.

La Droite sous toutes ses formes, on oublie. Cheminades, je pensais sérieusement qu’il était mort. Mélenchon joue de la division et je ne supporte plus entendre dire que c’est la faute d’untel ou untel, sans compter sur son anti-européanisme qui n’a rien de constructif et son admiration non-assumée pour Poutine. Poutou est intéressant, il parle sans mâcher ses mots, sans être bêtement poujadiste mais je n’ai rien vu qui aille au-delà. Macron, c’est simple: j’ai vécu sous Tony Blair donc je connais les réalités de cette Gauche.

Je reconnais qu’Hamon est un peu maladroit quand il s’exprime. Sa performance pendant le débat était misérable mais ca n’enlève à ses idées qui sont les plus proches des miennes. Alors, oui, aujourd’hui j’ai voté Hammon.

Néanmoins, je ne suis pas aveugle ni stupide et je sais qu’une fois de plus, dans deux semaines, 15 après ma première fois, je vais devoir sacrifier mes convictions pour le bien du pays, même de ceux qui ne le veulent pas parce que je ne que connais trop l’histoire.

En bref: César Polanski

Il y a donc actuellement un appel au boycott de la cérémonie des Césars après que le comité est décidé de faire honneur à Polanski en lui offrant le boulot de président pour cette année. Un honneur mérité pour son travail mais aussi, et surement, pour avoir admis sa culpabilité après qu’il ait drogué et violé une fille de 13 ans.

L’ancienne Ministre de la Culture s’exprimait donc sur le sujet en disant que “C’est une chose qui s’est passée il y a 40 ans. On ne peut pas continuer à parler de ça à chaque fois qu’on parle de lui parce que ça appartient maintenant au passé. C’est juste une cérémonie.”

Si c’est “juste” une cérémonie, pourquoi son boycott vous pose-t-il un tel problème?

Le mot “juste” implique l’absence total d’intérêt véritable à accorder à cette mascarade d’auto-féliciation dont tout le monde se fiche, à part les femmes, qui “ne regardent que pour les robes.”, n’est-ce pas?

Il est clair que non, vous ne considérez pas ça comme “juste” une cérémonie sinon vous n’auriez pas fait ce genre de déclaration méprisante et insultante. Et bien, les gens qui appellent au boycott pensent comme vous: c’est une cérémonie qui compte et le message envoyé à travers la nomination de Polanski comme président est important.

Le temps effacera votre contribution à la culture français mais ce n’est pas à lui d’effacer les crimes du passé, ni à vous d’en décider mais à une justice duement rendue, ce qui n’est jamais arrivé dans le cas de Polanski malgré ses aveux. Et il le sait lui-même, ayant, depuis quarante, vécu de pays en pays au fil de l’humeur de ces derniers au sujet de la demande d’extradition vers les Etats-Unis. Une demande que le temps n’a pas pu effacer.

Le fait que cet homme qui n’a pas le courage de ces actes d’ignominie soit sur le point de donner un prix à un film qui parle d’une victime de viol cherchant la vengeance est assez pour demander le boycott de la cérémonie.

1918?

Pendant mon cours de français avec ma stagiaire russe:

“Vous avez des arguments comme celui de Trump en France?

-Oui, au début c’était que le Front National mais ça déborde sur tout le spectre politique. On nous dit, on nous répète, on nous promet qu’on va ‘faire revenir la France’

-Où?

-J’en sais rien. Je n’y prends pas. Mais personne ne sait. C’est le principe. C’est comme Poutine quand il dit qu’il va à nouveau rendre la Russie grande et puissante.

-Mais Poutine est ridicule! La Russie était puissante au XIXe siecle avec le servage, l’empire, les trois Etats. On pouvait faire la guerre sans raison, envahir nos voisins juste comme ça…C’était un autre temps, comment peut-on revenir au XIXe siècle?

-La France était décrite comme le pays le plus puissant après 1918.

-Donc les Français veulent revenir en 1918?

-Non. Enfin, certains oui, surement. Certains pensent bien que le travail des femmes est la cause de chômage, alors… Mais les gens ne savent pas où ils veulent revenir mais le slogan leur va bien. Il faut faire revenir la France. C’es clair, non?

-Non.

-On est d’accord. Parlons de Petersbourg…”

En bref: Rien de smart…

L’usine d’Hambach qui fabrique la Smart a décidé de passer à la semaine de 39 heures mais payée 37 heures. Mes questions ne sont pas sur le fait que le patronat va faire travailler les employés et cadres pendant deux heures gratuitement mais sur comment ils vont rendre ces deux heures productives, puisque c’est l’intention avouée.

Tout d’abord, les commandes sont en diminution constante. Dire aux clients (potentiels) que le personnel va travailler plus pour rien ne va les faire se ruer sur la Smart. A moins qu’ils fassent pareil avec le prix de la voiture neuve : Une Smart de 10 000 € pour 5 000 €.

Et encore ! Elles sont encore plus laides que les premières voitures coréennes qui nous ont été vendues il y a 10 ans et, ma belle-sœur en avait une, effroyablement peu fiables. La sienne a passé la moitié de sa vie au garage et lui a coûté en tout quatre fois le prix d’achat en réparations diverses.

Maintenant, il y a la question des heures que le personnel va devoir faire en sachant très bien qu’il n’est pas payé. Ils s’attendent à quoi à la direction ? Une sorte de miracle altruiste de leurs employés?

Je suis professionnel sur le bout des ongles dans mon boulot, quelqu’il soit, mais je sais aussi que deux heures dans la semaine travaillées sans salaire ne seront et resteront que des heures de présence, même pour moi.

Ce sont deux heures à ranger et nettoyer mon bureau tous les jours, passer plus de temps sur chaque coup de téléphone, quelques minutes de plus à chaque pose, m’assurer que mes vêtements de sécurité soient bien, très bien, vraiment très bien mis ! (Revérifions une fois encore pour être sûr…) Prendre toujours le temps de faire un brouillon d’email avant de l’envoyer, des pauses toilettes plus longues, une double voir triple vérification de tout ce que je fais, une marche moins rapide dans les couloirs entre deux salles, deux taches ou deux collègue, compter les trombones pour vérifier les stocks…Tous ces trucs débiles ou cet administratif de second catégorie qu’on laisse trainer parce que ce n’est pas la première des premières des priorités.

Parce que deux heures par semaine, c’est donc 120 minutes, donc 24 minutes par jour à travailler sans être payé. 24 minutes ? 12 le matin et 12 l’après-midi, c’est facile de ne rien foutre, surtout quand on sait qu’on n’a rien à y perdre, c’est déjà fait.

Plus de précipitation, plus de « perte de temps », il y en a plus mais surtout fini les heures supplémentaires. C’est 39 heures et pas 39 heures et 1 minute. Car on sait très bien que quand la loi ou les accords d’entreprise tablent sur 35 heures, la grande majorité des français en font bien plus. Surtout les cadres. Mais il y avait un côté donnant-donnant des deux parties avec un certain encouragement à travailler plus ou gagner plus : là, le lien est brisé, on travaille plus pour gagner moins.

Il y a aussi la question de l’emploi et de sa qualité : les gens vont partir dès qu’ils en auront l’occasion. Les experts, les qualifiés, les gens qui savent ce qu’ils font et ce qu’ils valent vont partir parce qu’ils savent qu’ils trouveront mieux ailleurs. Il restera à Hambach les démotivés et mécontents qui trouveront toujours une excuse pour dire qu’ils sont obligés de rester.

C’est bien comme conclusion d’entretien de fin d’année, non ? « Vos objectifs pour l’année prochaine : Franchement, je suis là parce que je suis obligé de rester. »  Et quant aux futurs employés, les plus qualifiés n’accepteront pas ce genre de contrat donc il faudra se contenter à nouveau du vivier le moins qualifié qui, lui seul, acceptera de venir travailler mais qui partira aussi à la première chance.

Donc bonne chance à Hambach ! Avec un personnel démotivé et de moins en moins qualifié, c’est la recette parfaite pour une productivité accrue…

Le burkini: Messieurs, fermez-la!

Il y avait une blague au Royaume-Uni, au temps de Bush et Ben Laden. Un sondage avait révélé que l’Américain moyen voulait un leader pro-armes, anti-féministe et anti-gay, un leader qui soit véritablement religieux et qui soit prêt à se battre pour faire le monde à l’image de sa religion. On disait alors : « Voici votre homme » et on montrait une photo de Ben Laden. J’ai toujours beaucoup aimé cette blague parce qu’elle disait en substance que  l’Amerique de George W Bush n’était pas l’inverse de l’Al Quaida de Ben Laden mais son complétement. Comme le Yin et Yang se complètent, les puritains et autres fondamentalistes chrétiens vont de pair avec les fondamentalistes musulmans.

Aujourd’hui, la France voulant devenir l’inverse de Daesh et exposer des valeurs inverses à ceux des islamistes ne devient que le complétement de ces mêmes valeurs. Elle ne devient que le penchant occidental de cette mouvance.  Nous avons aujourd’hui des fondamentalistes islamistes contre des fondamentalistes républicains ou laïcistes. Pas laïcs, je précise. La plupart des figures qui crient « laïcité » au visage des musulmans sont eux-mêmes des catholiques pratiquants qui continuent à pousser pour que le Vatican retrouve une place centrale dans la vie du pays.

Dans les deux cas, aucun n’a compris les textes qu’ils utilisent comme fondement de leur pensée et de leurs actions. Dans les deux cas, ils détournent le pouvoir de l’Etat (qu’ils ont parfois créé de toutes pièces à ces mêmes fins) pour proclamer et s’assurer de la légalité de leurs actions qui donc « ne peuvent pas être critiquées ». Et dans les deux cas, les femmes sont les premières à souffrir.

Je ne suis pas là pour me prononcer sur le port du burkini en lui-même. Tout d’abord, je suis un homme et je ne suis pas concerné (on verra quand ils commenceront à mesurer les barbes) mais surtout  je n’ai en pas assez entendu des sources essentielles (les musulmanes qui le portent et celles qui ne le portent pas) pour pouvoir tirer des conclusions sures car informées. Personnellement, mon problème se situe une fois de plus dans le fait que les femmes sont prises entre deux feux qu’elles n’ont pas souhaités être tirés.

On est arrivés à une situation où, des hommes principalement, ont estimé que si une femme est sur une plage et qu’elle ne montre pas ses cheveux, son décolleté, ses cuisses, son dos, ses bras, ses jambes, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas et qui s’apparente à du terrorisme. Ces pensées aussi ridicules que radicales ont été mises dans des décrets de lois applicables et appliqués par la police.

Quand j’étais petit, et même aujourd’hui, la France était la première à dénoncer ce genre d’abus par les pays arabes. Un des moments dont je me souviens le plus, c’est l’outrage mi-scandalisé mi-désobligeant dont la France a fait preuve quand le billet de 100 Francs, sur lequel figurait La Liberté guidant le peuple de Delacroix, fut interdit en Iran parce que l’allégorie a les seins nus. Cette poitrine allait à l’encontre les lois de décences de la République Islamique alors bien sûr, on trouvait ça « ridicule », « pathétique », « scandaleux », « misogyne », « digne d’un régime d’un autre temps dominé par des hommes polygames à longue barbe » et bien sûr, on a beaucoup réfléchit, écrit, reporté – et à juste raison – sur ce que ça signifiait pour les femmes iraniennes au quotidien, des femmes qu’on nous décrivaient comme étant démaquillées au papier de verre.

Aujourd’hui, au nom de la laïcité, je vois la même chose. Je vois des femmes innocentes qui vont sur la plage avec leurs enfants, pas forcément pour se baigner elle-même, et qui sont publiquement humiliées par la police du Pays des Lumières et qui doivent se déshabiller correctement pour une plage ou la quitter tout court, après une amende, bien sûr. Du moment qu’elles sont sur le trottoir, leur tenue est réglementaire mais la seconde où leur pied touche le sable, elles sont soumises à l’indécence laïciste et ce qu’elle porte est illégal. Pas (encore) au niveau de l’Etat même si le Premier Ministre se réjouit, mais au moins sur les plages extrêmement fréquentés et donc traditionnellement les plus conservatrices et xénophobes de France.

Le fait que la France ait des lois vestimentaires (au secours !) qui varient de la plage à la rue n’est pas nouveau : on n’a pas le droit de se balader torse nu, même avec un haut de bikini, dans les rues d’une ville ou un espace public. Un restaurant, un café, un hôtel aura le droit sans appel de vous mettre dehors. C’est une tenue réservée à la plage et éventuellement la Promenade car du moment que vous êtes dans la ville, vous entrez dans « le monde civilisé » et vous mettez un haut qui couvre au moins le buste.

C’est une loi qui m’a toujours procuré beaucoup de plaisir parce que les Britanniques ne comprennent pas. Les Londoniens, ou les habitants des Midlands ou du Black Country, oui, parce qu’ils sont loin de la mer et ne se baignent pas mais des gens de Brighton, Blackpool, Bristol, Bournemouth, Birkenhead (je voulais réviser mes B), ne comprennent pas. Shopping, course, resto, pub…il est normal pour eux de voir en été des hommes sont torse nus et des femmes avec un petit quelque chose qui cache leurs seins. A tel point que les supermarchés sont obligés d’afficher des règles vestimentaires parce que ça commence à faire mauvais genre. Surtout auprès des Européens et autres touristes qui affluent de plus en plus.

Ca m’amuse parce que je dois leur expliquer qu’il s’agit de se couvrir quand on est en société, de ne pas exposer les enfants au corps d’inconnus, de « décence » et je me retrouve à parler comme un ayatollah sur des codes vestimentaires qui sont des valeurs culturelles inexplicables. Néanmoins, personne n’est forcé de mettre un pull ou un blouson. Les choix sont multiples et un petit haut qui cache le nombril satisfera tout le monde.

Cette fois, il s’agit de forcer des femmes à se déshabiller après les avoir fait payer au nom de la lutte contre le terrorisme. Je ne vois pas le rapport mais bon, je ne fais aussi pas dans le populisme de bas étage.

Alors comment sort-on de là-dedans ? Parlez aux femmes ! « Mon dieu, quelle horreur ! »  je sais, mais que ce soit ce qu’elles portent, comment elles parlent, qui elles fréquent et épousent, comment elles gèrent leur utérus, il est temps de parler aux femmes pour savoir quelles sont les motivations derrière ce qu’elles font. Forcément, ça prend du temps donc pas de gain politique immédiat dans un discours aussi trompeur que dystopiste. Mais surtout, la difficulté est d’enlever l’opinion de gens qui ne sont pas concerné et ça enlève tout d’abord les hommes en tant qu’acteurs principaux.

Je ne dis pas que si les femmes étaient les actrices principales du débat, il n’y aurait donc plus de burkini, je sais juste que dans le débat actuel, ce sont les hommes qui définissent les termes : les hommes islamistes qui appellent au port de la burka contre les hommes laïcistes qui appellent à l’interdiction du burkini (qui n’est même pas prôné par des hommes qui refuseraient volontiers aux femmes l’accès à tout loisir). Et au milieu ? Les femmes qui n’ont pas leur mot à dire doivent suivre les recommandations des uns ou des autres qui parlent et décident pour elles.

S’il y avait une véritable volonté de vivre ensemble, on aurait déjà mis les oreilles aux portes des endroits anodins et souvent ignorés où les femmes sont entre elles et peuvent parler librement. On aurait déjà découvert que tout n’est pas blanc ou noir, pour ou contre, victoire ou défaite, comme le monde forgé par les hommes laisse paraître.

Ecoutez, comme j’aime le faire, les femmes parler de leur quotidien, de la pression qu’elles ont d’être, d’agir, de vivre, de penser souvent de telle ou telle façon. Demandez-leur pourquoi elles font ces choses, et pas seulement aux femmes voilées mais aussi aux Becky with the good hair de tous les jours : celles qui disent détester se maquiller mais qui passent dix minutes sur leur eye-liner tous les matins. Mais faites-les parler d’elles-mêmes, pas de leurs consœurs. Ne laissez pas d’autre prendre leur parole, faites-leur la prendre elles-mêmes pour elles qu’on puisse vraiment savoir à quoi s’en tenir et faire évoluer les choses. C’est alors fascinant ce qu’on apprend.

Vous allez voir que du hijab au burkini, du maquillage au botox en passant par le fer à lisser les cheveux, des exégèses erronés des livres saints aux innombrables articles, reportages, pubs sur ‘Comment faire disparaître la cellulite avant l’été pour un corps parfait en bikini ?’, vous aurez de tout. Des femmes fortes et indépendantes qui le font (ou pas) parce qu’elles en ont envie, parce que ça rend leur vie plus simple ou plus sûres, plus agréables – ces femmes sont d’ailleurs généralement méprisées, ignorées ou ridiculisées. Des femmes plus soumises qui ont intériorisé les attentes religieuses et sociétales (par essence conflictuelles en France) et ne comprennent pas pourquoi elles sont victimes de contradictions dont elles ne sont pas responsables. Et puis, vous aurez la majorité des femmes qui font preuve d’une volonté de fer de continuer à vivre et survivre au jour le jour dans des sociétés dans lesquelles elles ne se reconnaissent pas. Ces femmes, vous allez voir, sont tiraillées entre le ras-le-bol d’être toujours victimes de l’autre et accusées de tout, de ne pas avoir de véritable voix, de devoir se contenter du moins pire, d’un côté, et de la bonne éducation qui les instruit de se taire et d’être polies, de l’autre.

Burkini ou pas, ce n’est pas ma question et je n’ai pas d’avis car je me fous de ce que pensent les hommes sur le sujet, ils ne le portent pas, et les femmes sont partagées. Je ne peux donc pas avoir d’avis informé.

Certaines en rêvent pour pouvoir aller se baigner sans être reluquées et se faire siffler par les hommes, ou ne plus avoir honte de leurs seins qui « ne sont pas fermes » ou de leur « cellulite dégoûtante ». Certaines ne vont juste plus à la plage pour les raisons précédentes donc la question ne se pose pas. Certaines se foutent des gros moches et alcoolisés qui osent les siffler mais elles sont religieuses donc elles le mettent mais pourquoi ? Je n’ai pas eu de réponse à ça. D’autres ont bien compris que le Coran ne mentionne rien de tel donc elles ne le mettraient pas mais elles comprennent que des femmes veuillent le mettre. D’autres savent faire preuve d’empathie et n’ont pas vraiment d’avis, ça ne les dérange pas, elles veulent juste qu’on laisse les femmes tranquilles. D’autres ne savent pas se mettre à la place de l’inconnu et ne raisonnent qu’en fonction de leurs valeurs et sont hostiles. Toutes aimeraient que ce soit un choix. Toutes. Sans exception. Même les conservatrices. On arrive à leur faire dire que ce serait bien que les femmes aient le choix dans leur religion ou la société.

Pour moi, la honte est que la France reste une société dans laquelle les femmes n’ont toujours pas le choix et ce sont toujours celles qui prennent les coups entre les hommes qui font ces choix.